Association Internationale des Libraires Francophones

 Frere Didier 1 mai 20 Frere Didier 2 mai 20

Par Frère Didier Berenger AKONWOUNKPAN

Le Sénégal a annoncé son premier cas de Covid 19 le lundi 2 mars 2020, sur un Français qui a séjourné en France en février avant de revenir au Sénégal et qui a été mis en quarantaine à Dakar. Il s'agit du deuxième cas confirmé en Afrique subsaharienne après le Nigeria, qui concernait un Italien lui aussi de retour de son pays. La panique n’était encore au rendez-vous : on s’attelait dans les préparatifs des évènements religieux (carême, Journée Mondiale de la Jeunesse, pèlerinages, ordinations, ….). A Clairafrique, nous avions commencé les préparatifs de la rentrée des classes 2020-2021 en attendant la confirmation des directeurs d’écoles pour des rencontres de concertation. Malheureusement, la psychose gagne du terrain ouvrant des portes à l’indiscipline. Les cas positifs se multiplient à petite échelle. Les sensibilisations commencent. Le lundi 23 mars, le chef de l’Etat déclare officiellement l’état d’urgence sur tout le territoire avec des cordons sanitaires et autres mesures (couvre-feu, réorganisation de la vie, réduction du trafic pour le transport, cordon sanitaire …) par le décret n° 2020-830 du 23 mars 2020.

Au niveau du gouvernement, il y a eu plusieurs mesures d’accompagnement pour la population (création de fond de solidarité Covid 19, distribution de denrées alimentaires, aide aux ménages pour les consommations sociale d’électricité, protection de l’emploi avec interdiction de licencier quelque employé que ce soit pour raison de la pandémie, quelques orientations pour la sauvegarde des emplois, ...). En ce qui concerne les librairies et éditeurs, jusqu’au lundi 4 mai, rien n’avait été fait. Le mardi 5 mai, une réunion de concertation entre les acteurs de la culture et le ministre de la culture s’est tenue ; un rapport sera rédigé et transmis au ministre des finances pour étude et prise de décision (nous sommes à l’écoute dans l’espérance qu’il aura une issue favorable).

Impact du confinement sur Clairafrique : rester ouvert malgré une faible fréquentation

Entre temps, à Clairafrique, vu l’évolution de la situation, nous avons anticipé et décidé le vendredi 20 mars 2020 de réorganiser le mode de fonctionnement (système de rotation mis en application, utilisation du gel hydro alcoolique et des gans, horaire d’ouverture révisé,…).

A Clairafrique, nous n’avons pas fermé les points de vente : concurrence oblige ! Les autres librairies de la place sont ouvertes. Nous offrons un service minimum (réduction des horaires de 9h à 14h, rotation du personnel : deux au plus par point de vente). Plus de la moitié du personnel est à la maison par mesure de prudence, d’autres en congé anticipé. Cela nous permet également de ‘’grignoter un peu’’ comme aime souvent le dire quelques membres du personnel. Il faut aussi reconnaitre que la population vit au jour le jour et se trouve sans ressource : il faut s’adapter au rythme économique de la clientèle.

Aux points de vente, nous insistons sur le respect des mesures sanitaires (port du masque, utilisation du gel hydro alcoolique, aller à l’essentiel au point de vente, …). A dire vrai, la fréquentation est presque insignifiante : nous sommes ouverts car il faut assurer une présence pour ne pas perdre le peu de clients qui nous fréquentent. Les écoles et institutions ne font plus de commandes depuis février 2020. Le chiffre d’affaire a baissé de 80 pour cent. Cela est compréhensible : beaucoup sont au chômage technique depuis mars, chacun pense d’abord à couvrir les charges primaires : alimentation (comment avoir une réserve alimentaire conséquente), loyer (pas de report de frais de location), factures, santé,… plutôt qu’aux livres, fourniture scolaire et de bureau. Le ventre affamé n’a point d’oreille.

Dans un contexte incertain quant au possible déconfinement, la librairie souhaite réactiver son site, réorganiser les livraisons à domicile, peaufiner la relation clientèle

Le déconfinement se prépare pour juin 2020 avec la possibilité progressive de réouverture des écoles et de certaines surfaces. Mais, avec l’évolution des cas positifs et de décès, on ne peut rien dire avec certitude.

A Clairafrique, nous sommes conscients que nul n’est à l’abri des conséquences de cette pandémie, encore moins les libraires. Cette pandémie nous ouvre cependant les yeux sur certaines réalités et dispositions à prendre en urgence : réactiver le site internet de la librairie, réorganiser les services de livraison à domicile, revoir notre relation avec la clientèle pour pouvoir les relancer de temps en temps, déployer un nouveau système de marketing et de communication en ligne à travers les réseaux sociaux, …

La grande crainte est surtout la rentrée des classes prochaines car on ne connaît pas encore la date ; ce qui freine les prévisions. La seconde crainte est celle du respect de nos engagements : rapport avec les différents fournisseurs en ce qui concerne les échéances malgré le report accordé, comment couvrir nos charges fixes ? Pour une librairie comme Clairafrique qui recherche ses lettres de noblesse, la pandémie est arrivée comme un cheveu sur la soupe. De toute façon, plus rien ne peut être comme avant : il faut être créatif. La troisième crainte est liée à l’avenir du métier de libraire : que nous réserve demain avec les livres numériques, les bibliothèques numériques et le nouveau système des cours en ligne que développent de plus en plus les grandes écoles. Tout est à réinventer et le temps nous presse.

Lien vers le portrait de la librairie

Nouvelle adhérente de l’AILF en 2020, la librairie générale Hartliebs Bücher figure parmi les premières d’Europe à vivre le dé confinement. Voici les premières impressions sur la vie en librairie une semaine après le déconfinement en Autriche rapportées par Elodie Salanove.

Elodie Salanove

Par Elodie Salanove

Pour des raisons familiales, je ne suis pas en mesure d’être en contact avec les clients et fais une permanence téléphonique le matin. Mes deux collègues assument donc le reste mais font face à pas mal de difficultés. Pour rappel, nous sommes autorisés à ouvrir car surface de moins de 400m2. Les consignes officielles: obligation de ne laisser rentrer qu'un client par 20m2 de surface de vente, masque obligatoire (c'est déjà le cas dans les supermarchés ici). Le reste est à l'appréciation des responsables. Chez nous, on ne touche pas (dans la mesure du possible) les livres que l'on n'achète pas. Plexiglas à la caisse. Distanciation d'1 m au moins. Horaires d'ouverture très réduits (15h 19h, mais ça c'est notre choix, d'autres ouvrent toute la journée) En gros, et sur toute notre communication, on préconise surtout d'utiliser notre librairie pour venir chercher les livres commandés au préalable (webshop, tel, mail).


Le chiffre d'affaire est bon, à la hauteur de l'année dernière (sur 4h d'ouverture et avec deux clients à la fois!). Mais les consignes ont du mal à passer. On est en Autriche pourtant, les gens sont censés être disciplinés mais ce n'est pas le cas. Ils ont du mal à comprendre la nécessité de laisser la place à ceux qui attendent dehors, les familles viennent avec tous leurs enfants évidemment et c'est un crève-cœur de leur demander d'éviter de toucher les livres. Nos clients habituels sont ceux qui ont le plus de mal, ils ne retrouvent pas l'atmosphère habituelle de leur librairie et ont des commentaires assez négatifs. Pourtant, notre clientèle est vraiment en or d'habitude, quartier francophone, bourgeois mais d'ordinaire patiente et compréhensive.


Travailler avec un masque est très pénible. Il faut aussi avoir les yeux partout, être sur le qui-vive pour prévenir les gens qu'ils ne peuvent pas encore entrer, leur rappeler de mettre leur masque, leur dire qu'on ne peut pas flâner 30 mn car des gens attendent, conseiller en quelques secondes, leur rappeler que, non, ce n'est pas parce qu'on porte des gants qu'on peut mettre ses mains partout. Il faut régler aussi parallèlement tous les problèmes engendrés par le web-shop des 3 dernières semaines, discuter du Coronavirus avec chaque client, bref, mes deux collègues ne sont pas encore très à l'aise. Mais apparemment c'était chaque jour un peu mieux, elles commencent à prendre de la bouteille avec ces conditions spéciales. Effet collatéral, c'est comme en décembre, tout le monde repart avec des livres, beaucoup de livres (nous en avons en trois langues ici). Autre conséquence peut être due au fait que seules les petites surfaces ont le droit d'ouvrir, on a beaucoup de nouveaux clients. Et ceux qui sont contents sont très contents.


Je pense que le flou entourant les consignes de vente n’aide pas: chaque magasin a son interprétation. La nôtre est un peu plus sévère que d'autres alors j'imagine que ça coince.
Depuis ces premières semaines, et les chiffres sanitaires étant au rendez-vous, les conditions de déconfinement s’allègent encore : un client par 10m2 de surface de vente. Les gens sont plus détendus et compréhensifs. Nous avons élargi nos horaires d’ouverture (11h-18h)

Quelques idées en dehors de celles classiques
Nous vendons des masques en tissu fabriqués par une couturière (l'argent lui revient intégralement) et c´est apprécié.
Nous présentons aussi les 4ème de couverture des livres afin d'éviter les manipulations.
Notre vitrine est pleine de coups de cœur, petites notes rédigées, et conseils thématiques puisque les gens stationnent pas mal devant.
Voilà ce à quoi je pense pour l'instant. Courage à tous.

Lien vers le portrait de la librairie

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