Association Internationale des Libraires Francophones

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    Les critères d'éligibilité pour savoir si vous remplissez les conditions requises
    Les informations et documents à fournir pour constituer votre dossier
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Consultez la fiche pratique de l'AILF : Déposer un dossier de demande d'aide à la formation sur le portail dédié du CNL


Petite rétrospective des formations en ligne qui se sont déroulées au premier semestre 2021 avec l'appui du CNL

Juin 2021


10 libraires de l'océan Indien en séminaire pour deux matinées à distance sur le thème "Quelle sortie de crise pour les libraires ? Un séminaire coordonné par l''Association des libraires de Madagascar et l'AILF.

29 juin 2021 MADA GESTION2

 

 

Au programme de la première matinée animée par Philippe Goffe : mobiliser et rafraîchir les fondamentaux en gestion pour piloter son activité. Un séminaire rendu possible grâce à l'appui logistique et financier de l’Ambassade de France à travers l’Institut français à Madagascar où sont réunis les libraires malgaches en visioconférence et au soutien du CNL - Centre national du livre par le dispositif d'aide aux actions de formation.
 

 

 

 

 

 

 

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Au menu de la 2ème matinée animée par Agnès Debiage : mobiliser et rafraîchir les fondamentaux pour dynamiser sa visibilité et sa communication en ligne et s'inspirer d'initiatives innovantes ou créatives de libraires. Un séminaire rendu possible grâce à l'appui logistique et financier de l’Ambassade de France à Madagascar (SCAC) à travers l’@Institut français à Madagascar où sont réunis les libraires malgaches en visioconférence et au soutien du @CNL - Centre national du livre par le dispositif d'aide aux actions de formation.

 

 

 

 


Et après ? Des travaux en petits groupes pour battre le fer tant qu'il est chaud jusqu'en septembre et un séminaire prévu en présentiel à Madagascar au dernier trimestre.. si le vilain virus le permet !


Au Paradis des Livres , Comores (Moroni)
A Madagascar : Librairie Il Etait Une Fois
Librairie Tsipika
Librairie Mixte
Librairie GM Fakra @Mille Feuilles - Librairie Café
@Librairie ESPACE LOISIRS @Librairie Lecture et loisirs
A Maurice : Presse Book Mauritius
A Mayotte : @Au fil du kalame

Février 2021

Clap de fin

Des libraires du monde réunis à distance en direct depuis Lubumbashi, Moroni, Taïpei ou Tunis pour une formation  animée par Agnès Debiage sur le thème de "l'animation et la communication pour dynamiser sa librairie".Malgré les océans, les fuseaux horaires et le mauvais virus, la "visio" crée un espace éphémère d'analyse, d'invention et d'échanges : un véritable petit "fab lab" virtuel entre des libraires du monde, participatifs, résolus et pleins d'énergie. Merci au CNL - Centre national du livre pour son soutien.
Librairies Al Kitab La Maison du livre Tunisie Au Paradis des Livres 信鴿法國書店 Librairie Le PigeonnierBlue Jacarandas

 

 

 

Janvier 2021
cloture formation Paris 21 22 ET 25 janvier 2021

Formation pour 7 libraires francophones du monde animée par Philippe Goffe, Anaïs Massola Librairie Le Rideau Rouge et Breno Aouila Livraria da Travessa.

Au programme : analyser son bilan, calculer sa rotation des stocks pour optimiser la gestion de sa librairie : qui a dit que les chiffres et les lettres ne s'accordaient pas ?

En direct des Comores, du Congo Brazzaville, d' Israël, de la République démocratique du Congo, du Sénégal, du Togo et de la Tunisie - des libraires déterminés et volontaires, dont l'activité se trouve fortement impactée par les effets de la crise sanitaire : confinements à répétition, perte de clientèle, hausse importante des coûts de transport, délais d'acheminement rallongés..Bravo à eux pour leur participation active !

Au paradis des livres Librairies Al Kitab Librairie SIM Livres pour Les grands Lacs - L.G.L Librairie Papeterie Clairafrique Librairie Vice-Versa @Librairie BUKU @Librairie CPA

 

 

 

 

AgnsAgnès, ton mandat de Secrétaire générale de l'AILF s’est récemment achevé , tu tournes donc une page importante pour toi et l’association :quels sentiments et réflexions t’animent ?

C’est certes une étape dans une évolution mais absolument pas une page tournée dans mon cœur. Car je resterai à tout jamais une libraire francophone au fond de moi. J’ai commencé en étant libraire itinérante à une époque où ce n’était pas à la mode, dans un pays qui n’était pas francophone. Cela signifie qu’en mon for intérieur, il y avait des convictions puissantes qui motivaient mon action. Il en a toujours été de même pour mon rôle dans l’AILF. J’ai participé à sa réflexion, à sa création, à son développement, à ses orientations, et tout cela je l’ai mené avec mon cœur. C’est probablement aussi pour cela que je m’y suis tant investie, certains libraires le savent. D’ailleurs, je reste persuadée que cela se voit. Lorsqu’on est « habité » par une mission, il y a une énergie forte qui se transmet, une passion qui s’exprime, chacun à sa manière. Cela ne s’arrête pas du jour au lendemain car on quitte un conseil d’administration.

J’ai le sentiment personnel d’avoir fait du bon travail, d’avoir apporté ma pierre à l’édifice et d’avoir donné aux autres autant que je pouvais. J’ai été authentique, j’ai souvent pris très clairement position car cela faisait partie de mon engagement avec un besoin essentiel de cohérence.

C’est très enthousiasmant de voir ce que l’AILF est devenue car c’est la force de nos réflexions collectives et de notre travail à tous.


Si on remonte à l’origine de l’association, tu avais dès 2000 participé à l’opération des 100 libraires du monde, qui avait donné pour la première fois un coup de projecteur sur les libraires francophones dans le monde, quels souvenirs cet évènement fondateur t’évoque t-il ?

Les 100 libraires du monde (et nous étions largement plus de 100) ont, à mon sens, été le moment fondateur durant lequel l’idée de l’AILF a commencé à émerger. Car nous nous sommes retrouvés, exerçant le même métier aux quatre coins du monde, partageant des contraintes qui rythmaient notre quotidien (instabilité politique, censure, fluctuation du taux de change, chereté du livre français, insécurité, absence de politique publique en faveur de la lecture, …). Tout cela nous le connaissions par cœur. Nous le vivions. Nous le racontions avec nos mots, avec nos réalités, avec nos anecdotes. Or être plus de 100 libraires du monde à dire plus ou moins la même chose a eu un effet de caisse de résonnance. Ce n’était plus la librairie X ou la librairie Y qui faisait ce constat, c’était une profession (libraire francophones du monde) dans son entier, qui commençait sans s’en rendre compte, à parler d’une seule et même voix..

Pour moi, c’était aussi un sentiment magique, celui de ne plus me sentir seule en Egypte face à mes problèmes. L’AILF n’existait pas encore mais j’avais pris conscience que d’autres libraires partageaient des situations similaires ou presque à la mienne. Même si cela n’a rien changé dans l’immédiat, personnellement cela a fait naître en moi un sentiment d’appartenance à une grande famille. Il n’y avait rien de concret mais c’était un vécu très émotionnel.

France Edition qui deviendra le BIEF avait réussi, par cette opération, comme un coup de baguette magique qui allait marquer un moment fort pour la suite. J’ai un grand attachement au BIEF, beaucoup le savent. Peut-être vient-il de là ? Je n’en sais rien. Ou peut-être étaient ce aussi les premières personnes qui s’intéressaient aux libraires francophones pour ce qu’ils étaient, ce qu’ils représentaient, ce qu’ils défendaient, ce qu’ils faisaient vivre ailleurs sans essayer de leur dire ce qu’ils doivent faire mais plutôt en leur accordant une écoute pleine d’attention. Cela peut vous faire sourire de lire ces mots mais à l’époque, en l’an 2000, c’était énorme et je suis persuadée que je n’étais pas la seule à le penser.

Parmi les moments les plus importants que tu as vécus au sein de l’association, lesquels t’ont marquée le plus durablement et pourquoi ?

Oh la la ce n’est pas facile comme question car il y en a eu beaucoup. Je ne suis pas quelqu’un de politique qui va avoir une réponse factuelle. Mais je suis quelqu’un d’engagée, qui vit pleinement ce qu’elle fait. Donc ma réponse va être du vécu. Les moments les plus forts pour moi sont ceux où j’ai dû me dépasser pour créer quelque chose d’unique au service des autres. Je m’explique. La première fois que je suis allée à Madagascar, c’était je crois en 2005. Le CA de l’AILF m’avait dit « Agnès veux-tu t’occuper de la zone océan Indien ». Oui pourquoi pas ? Je n’y avais jamais mis les pieds. J’y suis allée pour animer une formation. Certains libraires s’en rappellent. Et je me suis dit « OK c’est ta responsabilité de tout mettre en œuvre pour apporter le plus possible à ces libraires qui te font confiance ». Et pendant près de 15 ans, cela a guidé toutes mes paroles et mes actions. Et je vous assure qu’il n’y a pas eu un seul bureau de l’AILF où je n’ai pas évoqué l’océan Indien, ni une seule année où je n’ai pas présenté un projet. Cette région me tenait très à cœur et je suis tellement heureuse qu’une libraire de la zone, Voahirana Ramalanjaona, ait repris le flambeau avec le même engagement et la même volonté de mettre en place des projets.
Autre expérience marquante, j’ai accompagné une libraire à Djibouti, Arafo Saleh, et là aussi cela a été un moment dense car il s’agissait de travailler sur l’extension de sa librairie qu’elle a ensuite menée à bien. Et nous avons en quelques jours, passer tous les aspects de son activité en revue.
Les Assemblées générales de l’association ont été des temps forts pour moi car les libraires adhérents sont présents et finalement en tant que bénévoles, on travaille toute l’année en ne pensant qu’à eux et à ce que l’AILF va pouvoir leur apporter par rapport à leurs besoins.
Pour moi un moment fort est un moment d’engagement dans l’action au service des autres. Par exemple, lorsqu’Audrey Azoulay, alors ministre de la Culture, est venue rencontrer les libraires égyptiens dans ma librairie, la chose la plus importante pour moi et que j’avais soigneusement préparée, c’était que j’allais pendant 15 mn non stop lui parler de l’AILF et l’interpeler sur la situation des libraires francophones. Et cela a porté ses fruits. J’ai une nature d’entrepreneur et j’ai besoin d’efficacité mesurable pour me sentir utile.
Pendant la révolution égyptienne et ensuite, j’ai eu le sentiment très réconfortant d’être entendue et soutenue par mes pairs. Cela faisait du bien de sentir l’AILF et son réseau un peu partout dans le monde, penser à moi et me le dire.

Finalement, lorsque je repense à toutes ces années au sein de l’AILF, ce sont des visages, des sourires, des phrases qui défilent dans ma mémoire et des personnes qui sont au fil des années devenues des ami(e)s. Ce ne sont pas des évènements mais ce sont des sentiments et des moments d’engagement, d’authenticité, de responsabilité, de cohérence, de partage, de générosité, de découverte, d’écoute, de projection, d’imagination, de conviction qui sont ancrés dans ma mémoire.

Pourrais-tu revenir sur ton parcours professionnel de libraire ?

En 1993, mon mari et moi sommes partis vivre en Egypte car on avait envie de quitter Paris et je connaissais déjà bien ce pays. Je travaillais alors dans l’édition. Un jour, j’ai réalisé qu’il y avait peu de livres jeunesse et qu’ils étaient trop chers. Alors j’ai créé une librairie itinérante jeunesse qui allait d’écoles en centres culturels en faisant découvrir des livres jeunesse, en organisant des animations, en me mettant à la portée des enfants et des parents dans leur environnement et en essayant de susciter le goût de la lecture. Puis j’ai développé en complément des abonnements livres et magazines jeunesse pour ancrer ces habitudes de lecture chez les enfants. J’étais portée par mon enthousiasme et le plaisir de créer quelque chose qui n’existait pas. Cette dernière notion a toujours été le moteur de mes projets. Puis en 2002, j’ai créé une librairie à Alexandrie, dans l’enceinte de l’Institut français : L’Autre Rive. C’était la seule dans cette ville qui avait pourtant été un haut-lieu de francophonie. Pendant 10 ans, cette librairie a eu un rôle essentiel dans la cité et on me dit encore aujourd’hui à quel point elle manque à certains. En 2004, j’ai créé, au Caire, avec mon mari, un concept store atypique, Oum EL Dounia. C’était une librairie dynamique spécialisée sur le monde arabe et une boutique d’artisanat réunies dans un même lieu. Moi je m’occupais de la librairie, de l’animation culturelle, de la communication et mon époux gérait tout l’artisanat. L’idée a de suite séduit les gens sur place et Oum El Dounia est rapidement devenu un lieu culturel très identifié et une référence localement. Mais nous étions en bordure de la place Tahrir et la révolution de 2011 a éclaté sous nos fenêtres. Trois années de violences, manifestations, répression, ont créé une usure et plus personne n’avait envie de venir dans ce quartier qui était le cœur de la ville. Puis une violente dévaluation a continué à affecter notre activité. Des années terriblement difficiles à vivre pour moi, où j’ai essayé de sauver par tous les moyens cette activité que j’avais créée et dans laquelle s’exprimait tant de passion.

Que retires-tu de ta longue expérience associative et interculturelle au service des libraires du monde au sein de l’AILF ?

Avant toute chose, beaucoup de plaisir. C’est très personnel mais l’AILF m’a permis après coup, de réaliser que c’est dans l’engagement au service des autres que je trouve le plus de sens. Beaucoup d’amitié aussi car c’est ce lien fort entre nous qui a aidé à surmonter nos éventuelles divergences et à co-construire ce qu’est devenue cette association. La notion de collectif a été très forte et omniprésente. L’interculturalité a été une richesse qui m’a beaucoup apportée car chacun voit une situation en fonction de son histoire et de son contexte. Elle a aussi été un espace de découvertes enrichissant et de rires partagés dans tant de réunions. Interpeler des regards différents en se questionnant soi-même est une manière d’avancer et d’élargir ses propres horizons. Et ce que je trouve formidable, c’est que nous nous sommes tant apporté les uns aux autres.

J’ai pris conscience que, dans ce collectif, nous fonctionnons tous différemment. Mais que pour que notre engagement s’exprime pleinement, il fallait qu’il y ait une notion de responsabilisation de chacun. Quelle qu’en soit la forme. J’ai réalisé que c’est en mettant chaque administrateur dans l’action par rapport aux objectifs et au rayonnement de l’association qu’on arrivera à mener de plus en plus de projets pertinents et qu’on pourra renforcer la raison d’être de l’AILF. Et ce partout dans le monde, car chaque adhérent porte en lui un peu de l’AILF. Et notre rôle a été d’essayer d’être moteur, d’initier, de lancer, d’accompagner. La Caravane du livre et de la lecture en est une parfaite illustration.

Mais … car il y a un mais ! J’ai aussi pris conscience du décalage entre ce qui se dit dans les discours et la réalité du terrain. J’ai assisté à pas mal de rencontres, de rendez-vous, de conférences et parfois, je n’ai pu m’empêcher à la fin de me dire à moi-même « Oui et concrètement ? Et bien concrètement pas grand-chose ». Peut-être suis-je trop pragmatique. C’est possible. Mais je mettrais deux éléments en exergue que j’aurai vu évoluer au fil de toutes ces années. Il est fondamental que les organismes qui nous soutiennent, qui nous financent, continuent à permettre à tous ces projets d’exister. Il faut qu’ils réalisent qu’il y a une structure administrative et organisationnelle derrière tout cela qui est fondamentale et sans laquelle rien ne pourrait exister. Je voudrais en profiter pour rendre un grand hommage et dire un grand merci à Anne-Lise Schmitt qui coordonne ce réseau de l’AILF et en pilote les projets avec un grand engagement très sincère.
Et il serait temps qu’une cohérence émerge au niveau français, quant au soutien qu’on souhaite apporter aux libraires francophones à l’étranger, une sorte d’harmonisation des politiques et des pratiques entre ministères. Depuis 2002, j’ai vécu, vu et entendu beaucoup de choses. Je dirai même tout et son contraire, dans certains cas. Et c’est là qu’est nécessaire cette cohérence, celle qui donne du sens et permet une lisibilité des politiques publiques. Il est essentiel de revenir à ce qu’est un libraire francophone : un commerçant certes mais aussi un acteur culturel, un passeur d’idées qui participe à la diffusion de cultures, un acteur du commerce extérieur, certes à petite échelle mais d’une dimension hautement symbolique, un partenaire fidèle de l’éducation, un défenseur de la francophonie.

D’après ton expérience au sein de l’association, à quels enjeux sont confrontés les libraires francophones dans le monde, aujourd’hui ?

Il y en a plusieurs à mon sens.

Le premier est que les librairies doivent toujours être en mouvement : créer de la nouveauté, surprendre, communiquer, bouger, aller là où on ne les attend pas forcément, susciter la curiosité, tisser des liens, créer de l’émotion entre leurs clients et eux pour renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté et l’attachement des clients à leur librairie. Ca c’est déjà un très vaste programme qui englobe beaucoup d’aspects dont la capacité du libraire à rayonner comme un acteur culturel dans son environnement.

Le deuxième, qui est étroitement lié au précédent, est la capacité des libraires à s’adapter à un monde qui change très vite, à des lecteurs parfois volatiles, à une offre qui se démultiplie en termes de supports et de canaux de diffusion, à internet qui fait exploser les frontières,et bien sûr à la concurrence des géants de la vente en ligne qui ont des moyens que les libraires n’ont pas.

Le troisième qui découle également du premier est la capacité que déploie chaque libraire à essayer de faire comprendre, reconnaître, partager à quel point son rôle est essentiel, avec à la clé, une prise de conscience de la valeur ajoutée d’une librairie par rapport à d’autres formes de commerce du livre.

Enfin, un enjeu de résistance vital à tous les éléments ce qui le déstabilisent (la liste est longue).

Car le libraire où qu’il soit dans le monde offre une vitrine de l’édition francophone, c’est un passeur de la culture francophone, il anime un lieu où aiment à se retrouver les francophones et donc où l’on parle français, un territoire d’échanges et d’ouverture, un espace de liberté à l’image de la littérature qui continue chaque jour à élargir nos horizons.

Propos recueillis en juin 2021


Membre fondateur de l’AILF, Philippe Goffe en a été le premier président, de 2002 à 2005, fonction qu’il a également occupée de 2016 au mois d'avril 2021. Dans cet entretien, il évoque la force de l'AILF, qu'elle tire à la fois de sa dimension réellement internationale, de la pluralité de ses acteurs et de la force et l'engagement de son Conseil d'administration et son bureau. Il rappelle combien le métier de libraire, fragile mais essentiel, est aussi politique car s'il est le reflet de la société où il s’exerce, il en est aussi un des acteurs. Il rappelle aussi qu'en dépit des efforts, le réseau des libraires francophones ne bénéficie pas d’une juste appréciation par les fournisseurs, des réalités du terrain et des politiques à mener pour permettre à ces librairies du monde de vivre. Pourtant un changement majeur s'est opéré à ses yeux au fil des années : la prise en main de leur destin par les libraires eux-mêmes. L'AILF donne aujourdhui un réel statut aux libraires francophones dans le monde.

P1010716 1Philippe, tu viens de tourner une page importante pour toi et l’association, quels sont les premiers sentiments et réflexions qui te viennent à l’esprit ?


Une grande sérénité. Je craignais d’avoir le blues (ça viendra peut-être), après 20 années d’AILF, dont j’ai été le premier président, puis le vice-président d’Agnès Adjaho et de Michel Choueiri, et enfin en 2016, à la fin du mandat de Sylviane Friederich, à nouveau président pour ce qui devait être une transition qui finalement aura duré cinq ans.  Une grande sérénité aussi en sachant que l’association reste en de si bonnes mains. Tout va bien donc, je me dis que ce qui pouvait être fait, a été fait. Qu’il ne faut pas aller au-delà de ses capacités et de l’usure du temps. Et ceci : quitter, c’est s’alléger.

En tant que membre fondateur de l’AILF, pourrais-tu évoquer quelques grands moments que tu as vécus au sein de l’association ?


Il y a tant de beaux moments. On a bien sûr des étapes importantes à souligner, comme l’initiative de la Caravane du livre et de la lecture en Afrique depuis 2004, et qui reste une des actions emblématiques de l’AILF, hélas aujourd’hui mise en difficulté par la situation géopolitique de la région.Il faut savoir que pendant longtemps la Caravane a été une des principales activités d’importance sur le livre en Afrique subsaharienne. On en est très fiers.

Il y eut aussi le travail de rédaction de la charte du libraire francophone, et son lancement à Beyrouth en 2008.

Il y eut les rencontres interprofessionnelles à l’Assemblée nationale à Paris en 2015. Il y eut celles de Dakar en 2014, d’Abidjan en 2017, de Montreuil en 2019. Et bien d’autres, sur tous les continents.

Ces rencontres et ce qu’elles ont signifié, le décloisonnement de nos pensées, le regard des autres acteurs du livre, y compris dans l’univers non marchand, l’importance soulignée de l’accès pour tous au livre et à la lecture, la découverte et la nécessité du travail collectif avec ces autres acteurs, tous ceux qui finalement, d’une manière ou d’une autre, interviennent dans une filière qui est beaucoup plus riche qu’on ne le pense.

C’est sans doute un des aspects les plus féconds et les plus intéressants du travail réalisé par l’AILF tout au long de ces années, et dans lequel Anne-Lise Schmitt notre déléguée générale a joué un rôle central.


A titre personnel, l’AILF a transformé ma vie. Si je m’y suis impliqué si fort, ce n’est bien sûr pas tout à fait par hasard. L’AILF m’a apporté certains de mes amis les plus chers. J’ai eu la chance de me rendre sur tous les continents et d’y rencontrer les libraires. Ce fut à chaque fois, à ma modeste mesure, et à charge pour moi de la franchir, une porte ouverte sur des ailleurs. L’Afrique d’abord, à laquelle je suis profondément attaché par mon histoire, mais aussi le monde arabe dont j’ai découvert la diversité et la profondeur humaine ; l’Asie, que je n’ai fait qu’effleurer mais qui m’a fasciné ; l’Amérique latine qui m’a appris qu’il existe d’autres paradigmes pour comprendre le monde, et notamment que beaucoup des notions qui nous font penser ce monde méritent une autre perspective. Dans tout cela, la parole de Felwine Sarr, intellectuel sénégalais mais en fait universel, résonne lorsqu’il dit que « ce monde sera différent si nous en modifions la représentation ».

Quels enseignements retires-tu de ton implication en tant que président de l’AILF ?


C’est la dissémination de ses membres sur toute la planète qui fait la particularité de l’AILF, avec l’évidente difficulté à les faire se rencontrer. Et notamment les membres d’un conseil d’administration qui a l’ambition de représenter toutes les régions du monde, mais qui sont éloignés les uns des autres, et n’ont pas la même possibilité d’une maîtrise des rapports avec les institutionnels ou les éditeurs français par exemple. C’est une attention envers chacun qu’il faut respecter, et là aussi c’est à la fois une exigence et une leçon, la juste considération à avoir, en fait apprendre à voir le monde à travers le regard des autres.

Nous faisons tous le même métier, mais dans des conditions souvent très différentes, non seulement économiques, mais aussi politiques, où le livre n’a pas partout le même statut, et trop souvent, puisqu’on vend du livre français, dans une certaine dépendance par rapport au centre que serait Paris. Comment tenir cet équilibre ? Nous avons longuement débattu sur ces questions au fil des années. Mais toute situation évolue en fonction des circonstances, et je retiendrai ici ce que la pandémie nous a appris. Plus de voyages, plus de rencontres, mais une proximité, moins chaleureuse de prime abord, rendue possible par le digital. Et finalement des contacts en visuel bien plus fréquents qu’auparavant, qui ouvrent à d’autres possibilités, et surtout à un abandon des hiérarchies. Pour reprendre un terme utilisé aujourd’hui par les géographes, c’est un réseau de réalités territoriales qui s’entrecroisent à l’AILF, et c’est apparu encore plus clairement durant cette trop longue dernière année. Il faut un moteur dans l’avion, c’est le bureau et le CA, pour le reste ce sont les libraires eux-mêmes qui construisent les projets. C’est le cas pour les plus récents, qui couvrent des territoires comme l’Afrique, l’Océan Indien, l’Europe.
Tout cela se fait avec l’idée toujours présente d’y inclure nos partenaires naturels que sont les auteurs et les éditeurs. En allant même solliciter certains d’entre eux pour en faire des membres associés, dont l’expertise et l’esprit collaboratif nous sont très précieux. C’est une demande qu’avec d’autres j’avais portée depuis longtemps, l’accueil de personnes ressources au sein même de l’association, dont elles deviennent membres parfois sans avoir jamais été libraires. Ce n’est pas rien d’être accompagnés par Thierry Quinqueton, Hélène Wadowski, Pierre Myzskowski, Wielfried N'sondé, Laurence Tutello, La Réunion des livres.  C’est une obsession pour moi, sortir de l’entre soi, décentrer son regard.


Ces prises de parole qui sont les nôtres, parce que le métier de libraire c’est aussi la parole, couplées à de réelles actions sur le terrain, nous ont permis d’être entendus au-delà du strict cercle professionnel. L’AILF donne aujourd’hui un réel statut aux libraires francophones. Son travail consiste beaucoup à maintenir cette parole auprès de ses partenaires institutionnels et autres, comme auprès des éditeurs et diffuseurs.
C’est un travail moins visible, mais bien sûr essentiel. Aujourd’hui, le rayonnement de l’association est une réalité. J’y crois en tout cas.


Finalement c’est comme ça que, pas trop maladroitement j’espère, et certainement avec des erreurs, j’ai voulu exercer mon rôle de président. Le principe d’autorité m’exaspère, et puisqu’on n’est pas en conflit les uns avec les autres, le soft power peut être efficace. Nul n’est jamais exempt de vouloir porter son image, mais sincèrement je pense qu’il faut pouvoir s’oublier soi-même, et penser collectif avant tout.

Comment ta vision de la librairie  francophone a-t-elle évolué tout au long de ces 20 années d’engagement au sein de l’AILF ?


Ma vision de la librairie est la même. Quel que soit son territoire, elle a un rôle à jouer, celui d’être le premier point d’accès des populations au livre, en même temps que les bibliothèques d’ailleurs. Ainsi que le dit un historien français, Michel Winock, la librairie fait partie du centre nerveux d’une ville ou d’un village. Par contre je ne suis pas sûr que la situation des librairies francophones elles mêmes se soit tellement améliorée. En vingt ans, je l’ai dit, la situation géopolitique, et donc économique, de certaines régions s’est dégradée. Et l’année que nous venons de vivre a bien démontré la fragilité d’un réseau qui ne dispose ni des mêmes filets de sécurité, ni de la même sollicitude des pouvoirs publics que les librairies des pays du Nord, à l’exception bien sûr des actions du CNL, dont la présence à nos côtés est devenue essentielle, et de l’accompagnement que nous apporte depuis toujours le BIEF.
Et trop souvent, et c’est sans doute le plus désolant, ce réseau ne bénéficie pas d’une juste appréciation par les fournisseurs des réalités du terrain et des politiques à mener pour permettre à ces librairies de vivre. Pour autant qu’on souhaite réellement qu’elles vivent. Question de vision…
Ce qui a changé en réalité, c’est la prise en main de leur destin par les libraires eux-mêmes. Il suffit de voir le résultat du travail qui a été fait en Afrique ou dans l’Océan indien, celui qui se mène aujourd’hui au niveau des libraires européens, ou les réseaux qui se structurent au Maghreb, aux Amériques. C’est la solidité du socle des libraires qui impressionne.


Faut-il dire l’importance du rôle des équipes dans tout ce qui a été fait, et qui continue à être fait ? Pour ne citer que celles et ceux en exercice : Agnès Debiage et Voharirana Ramalanjaona dans les îles de l’Océan indien, Brahima Soro, Loubna Joheir Fawaz, Prudentienne Houngnibo en Afrique, Michel Choueiri, Samar Hoballah et Agnès Debiage encore pour le monde arabe, Maryline Noël aux Amériques, Isabelle Lemarchand et Anaïs Massola pour l’Europe, et même plus… Et deux nouveaux entrants, Binta Tini pour l’Afrique, et Olivier Jeandel pour la zone Asie. Sans les administrateurs, et sans l’équipe de nos permanentes à Paris, Anne-Lise Schmitt et Caroline Natali que je veux honorer au passage, nous n’en serions pas là.

Quels sont tes projets, notamment au sein de l’AILF, dont tu es membre fondateur et membre associé ?


Aujourd’hui, au niveau de l’AILF c’est d’abord laisser la transition se faire, laisser l’équipe  et sa nouvelle présidente mener la barque à leur façon. Comme cela a toujours été fait. Pour celui qui quitte le devant de la scène, la question est de savoir comment rester proche en s’éloignant, ou l’inverse… Il y a une éthique de l’éloignement, qui consiste entre autres à savoir ce que signifie de rester proche, par souci de l’autre. Et donc s’il faut intervenir, ne le faire que s’il y a quelque-chose à apporter, en fonction de ses compétences, de son expérience, qui finalement trouveront leurs limites.
Les principaux enjeux de l’association pour les années à venir, c’est bien sûr Isabelle et l’équipe qui y répondront. Elle a très bien défini cela dans l’entretien repris sur le site de l’AILF. Nous avons une association qui est réellement internationale, et c’est sa force, elle peut parler au nom de tous. Et nous avons une association qui sait que le métier de libraire, fragile mais essentiel, est aussi politique, il est le reflet de la société où il s’exerce, il en est aussi un des acteurs. Ce réseau de libraires est exceptionnel, il doit vivre, et je n’oublie pas ce qu’a dit un jour de l’AILF un animateur d’une de nos formations de formateurs : une internationale fraternelle.

Propos recueillis en mai 2021

 

Isabelle la Page

Isabelle, tu es fraîchement élue présidente à l’AILF, peux-tu expliquer en quelques mots ta vision de l’avenir del’association ? De sa gouvernance ? De ses projets phares ?

Rassembler les libraires francophones de l’International est une idée qui a germé il y a bientôt 20 ans dans l’esprit de quelques libraires déterminés de l’étranger et aujourd’hui c’est plus d’une centaine de libraires qui sont fédérés au sein de l’AILF.

Les enjeux de l'association sont nombreux, puisque sous le nom commun de « libraire » nous exerçons des métiers qui varient beaucoup selon les zones géographiques, le contexte social, politique, économique, la langue ou les langues du pays, sa culture et le format de nos librairies. Le rôle de l’association est donc de trouver les moyens de faire entendre chaque voix en la rattachant à des problématiques communes.

Chaque libraire francophone qui travaille à l’International est ainsi concerné par des questions de transport, de prix, de formation, et de relation avec des distributeurs qui se trouvent pour partie en France : ce sont des questions qui sont autant d’axes de travail auxquels l’association s’attelle depuis des années.

Dans le contexte particulièrement crucial que nous traversons ces derniers mois et les ruptures économiques que les libraires de l’étranger connaissent avec la crise sanitaire, les priorités de l’AILF sont l’aide aux librairies menacées de fermeture et le rétablissement de meilleures conditions pour pouvoir travailler correctement : ça veut dire remédier aux délais et à la surcharge financière du  transport des livres ou répondre aux besoins en formation pour sortir de la crise. 

Ce rôle de présidence est une mission collaborative et rien ne se passe sans le lien constant avec l'équipe permanente de l'association à Paris - Anne-Lise Schmitt, Déléguée générale et Caroline Natali, Chargée de mission, les membres assoiciés et les administrateurs responsables de zone : ainsi en est-il des grands projets à venir pour les années 2021 à 2023 : 


-    en Afrique subsaharienne, la vice-présidente de l’AILF, Loubna Joheir Fawaz, librairie Vents du Sud à Nouakchott, joue un rôle clé avec Brahima Soro - librairie de France à Abidjan, Prudentienne Houngnibo de la librairie Notre-Dame à Cotonou et également présidente de l’association des libraires du Bénin qui pilote un projet de formation pour le Bénin et le Togo, ainsi que Binta Tini - La farandole des livres Niamey nouvellement élue comme administratrice.
-    En Asie ou nous souhaitons établir plus de contacts avec le réseau des  libraires, et nous réjouissons qu'un nouvel administrateur Olivier Jeandel de la librairie Carnets d'Asie à Phnom-Penh et a Bangkok vienne d'être élu.

- Au Maghreb avec Samar Hoballah de la librairie Al Mouggar à Agadir c’est un beau projet qui vise la labellisation des libraires en collaboration avec des partenaires institutionnels au Maroc et des actions de formation pour  les libraires francophones du Maghreb avec le soutien du CNL.
-    Au Moyen Orient c’est Michel Choueiri, vice-président de l’AILF et libraire à Dubai - Librairie Culture&Co qui représente l’association et porte la voix des libraires de cette région
-    Dans l’Océan indien, c’est Voahirana Ramalanjaona, secrétaire générale de l’AILF, de la librairie Mille-feuilles à Antananarivo, qui pilote la zone et également présidence de l’association des libraires malgaches et porte également un projet de formation pour la zone Océan Indien.

- Enfin en  Europe, avec ma consoeur Anaïs Massola de la librairie Le Rideau rouge à Paris, qui est trésorière de l'associaiton, je participe au projet de L’Europe des libraires indépendants (dans le cadre du programme Europe Créative) avec des confrères libraires de plusieurs pays européens.

Cela fait quelques années que tu as intégré le bureau de AILF en 2016, peux-tu évoquer quelques  moments forts de cette expérience associative jusqu’à aujourd’hui ?

En intégrant le Bureau de l’AILF j’ai pu prendre la mesure et le poids des projets qui étaient portés par l’association, et leur possibilité d’exécution : réunir des professionnels qui  pratiquent le même métier mais dans des acceptations différentes met en lumière des avantages et des contraintes que l’on n’ imagine pas : les idées en sont enrichies, les projets redimensionnés a la lumière des expériences de chacun, et une grande ouverture d’esprit est nécessaire.
Ces dernières années au sein du Bureau de l'association m’ont donc permis d’accueillir les fonctionnements de chacun, leurs idées, et de travailler pour les transformer en actions concrètes ; une grande chance pour moi est d’avoir pu être formée par des libraires de grande expérience de leur métier mais aussi une profonde connaissance des arcanes administratifs et politiques nécessaires pour faire avancer les projets.
Depuis 2019, l'association s'est enrichie avec la collaboration des membres associés, personnalités du monde du livre et de l'édition qui interviennent dans nos projets interprofessionnels avec le souhait de développer le dialogue entre les professions impliquées dans la chaîne du livre. La pertinence de leur expérience humaine et professionnelle est précieuse. C'est une immense chance pour l'association de pouvoir, selon les projets, être éclairé par l’écrivain Wilfried N’Sondé, Thierry Quinqueton de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, Pierre Myszkowski, du BIEF - Bureau international de l'édition française, Hélène Wadowski ex- Directrice de collection chez Flammarion, Laurence Tutello, de la librairie Chat Pitre et Présidente de l'Association des Librairies Spécialisées Jeunesse ou encore La Réunion des livres, Association interprofessionnelle des métiers du livre à La Réunion.

Peux-tu nous retracer en quelques mots ton parcours de libraire ?

J’ai repris la librairie La Page de Londres en 2008, après y avoir travaillé pendant un an. La librairie, fondée en 1978 par une famille britannique avait vaillamment traversé les années en mettant la littérature classique et scolaire au centre de ses rayons.
Ce fut donc avec une immense motivation et grâce à une équipe que j’ai constituée petit à petit que la librairie a su prendre l’espace que les lecteurs attendaient à Londres : celle d’un lieu où la littérature francophone contemporaine a également toute sa place, ou les éditeurs sont présents dans une volonté de bibliodiversité et ou les clients comme les partenaires culturels locaux peuvent trouver un soutien pour faire rayonner les cultures francophones.
 
Tu participes activement au projet L’Europe des libraires indépendants. Le Brexit a-t-il modifié ta vision de la librairie à l’échelle européenne ou a-t-il renforcé au contraire cette vision ?


C’est en plein Brexit que nous avons vu démarrer ce projet L'Europe des libraires indépendants et c’est avec une grande évidence que je me sens partie prenante dans ce projet. Le Brexit a modifié ma vision du pays dans lequel je vis et dans lequel j’exerce mon métier de libraire, il a modifié les habitudes de consommation des gens et le marché francophone. Mais en aucun cas il ne contraint ma vision de la culture européenne, celle d’une communauté d’auteurs, de pays, de géographie et d’histoire commune, qui existe très fortement dans la littérature.
Co-construire avec des librairies à Berlin, à Barcelone, à Korčula, à Bucarest ou à Paris, passer du niveau de l’utopie à celui de projet est pour moi une source de joie immense.

Qu’est-ce cette expérience associative a apporté à ta manière d’envisager une collaboration interculturelle et interprofessionnelle?


M’impliquer dans la vie associative à travers l’AILF m’a permis depuis quelques années de sortir de mon seul métier de libraire et de chef d’entreprise pour m’ouvrir à d’autres réalités : c’est un accès au monde par la fenêtre de mon métier, ce qui permet une excursion dans l’inconnu sur un bateau qui m’est familier.  J’aime beaucoup l’idée de prendre du recul par rapport à la réalité de mon métier et de ce que j’ai créé - des milliers de clients pour la plupart heureux, une dizaine de salariés, un endroit chaleureux, un repaire historique, une place dans la ville.

Quels sont, pour toi, les principaux enjeux du métier de libraire francophone ?

Les principaux enjeux du métier de libraire francophone sont de s’adapter au pays dans lequel on est, que ce soit son pays d’origine ou son pays d’adoption, faire le lien entre la langue du pays et la langue française, comprendre le contexte culturel et la population à laquelle on s’adresse, et dans ce milieu-là, pouvoir mettre en place un commerce dont le système économique est non seulement viable mais fructueux malgré les contraintes géographiques. Le métier de libraire ne devrait pas tout le temps être vu comme un métier dans lequel il est toujours question de survivre financièrement !

En tant que présidente, quelles sont les missions que l’association doit, à ton sens, accomplir en priorité dans les années à venir en faveur de la diffusion du livre francophone et en particulier  dans le contexte de crise sanitaire ?


Les missions de l’AILF dans les années à venir sont la sauvegarde le développement des librairies francophones, par des projets de formation, de festivals, de rencontres et de collaboration entre librairies. Plus que des boutiques de livres, elles sont un relais culturel que les éditeurs et les institutions doivent soutenir autant que les librairies de France. A l’heure où nous fêtons le quarantième anniversaire de la loi Lang sur le prix unique du livre et la qualification de commerce essentiel pour les libraires en France, il est nécessaire de rappeler que ces avancées ne sont pas légion à l’étranger. L’AILF comme notamment  le Centre National du Livre ou le Bureau International  de l’Edition française  travaillent en grande collaboration pour permettre ce déploiement.


On te laisse pour retourner à ton quotidien de libraire mais pourrais-tu nous dire quelle recommandations tu fais actuellement aux  clients de La Page ?


En ce moment on vous recommandes ODES, de David Van Reybrouck chez Actes Sud, Un Père Etranger de Eduardo betti a La Contre Allée ou encore Fièvre de Cheval, de Sylvain Chantal au Dilettante.. et beaucoup d'autres aussi ..

 

Propos recueillis le 3 mai 2021

Portrait en pied PH

 

L’AILF est très heureuse de se faire l’écho de la réjouissante nouvelle : le  prix Livres Hebdo 2020 récompensant une initiative remarquable a été attribué le 22 septembre à Prudientienne Houngnibo Gbaguidi, directrice de la librairie Notre-Dame à Cotonou (Bénin) depuis 2015. Bravo à elle et à toute son équipe !


« Je dédie ce prix d’abord à Mme Agnès Adjaho : c’est elle qui m’a faite et qui a fait la librairie Notre-Dame : je dédie aussi ce trophée à l’AILF très mobilisée depuis longtemps sur la chaîne du livre en Afrique, sans oublier le Centre national du Livre, la Centrale de l’édition et tous les éditeurs français qui accompagnent la librairie Notre-Dame depuis plus de 50 ans. C’est une grande joie que je partage avec tout le personnel de la librairie. »


Située derrière la cathédrale de Cotonou (photo), la librairie Notre-Dame est une institution culturelle de référence au Bénin. On se souvient encore de sa fondatrice Agnès Adjaho, femme de lettres, véritable figure de l’édition francophone, personnalité publique engagée pour plus de justice sociale et pour une plus grande prise en compte des peuples et des pays africains. Ancienne présidente de l’AILF, elle a initié la Caravane du livre en Afrique en 2004 au Bénin avec une exigence de qualité sur les choix des titres qui devaient être mis en avant dans le cadre de cette opération en faveur du livre et de la lecture, comme elle aime tant à le rappeler. Aujourd’hui, en 2020, elle vient d’achever son mandat comme ambassadrice du Bénin près le Saint-Siège à Rome.
A l’instar de son mentor, Prudientienne Houngnibo est devenue une figure emblématique de la chaîne du livre au Bénin, alliant professionnalisme, engagement et dynamisme. Diplomée en Administration Générale à l'Université Nationale d'Abomey Calavi et travaillant depuis 20 ans à la librairie Notre-Dame dont elle a gravi tous les échelons, Prudentienne Houngnibo est devenue aujourd’hui une actrice culturelle incontournable à l’écoute des professionnels du livre locaux et toujours aussi impliquée au sein des réseaux de bibliothèques et établissements scolaires locaux pour faire  connaître aux lecteurs béninois la richesse et la variété de la littérature africaine en générale et béninoise en particulier.


On ne compte plus les manifestations qu’elle organise au sein de la librairie Notre-Dame dont elle a pris la direction en 2015 : dédicaces, ateliers d'écritures, tables rondes sans oublier la Caravane du Livre et de la lecture qu’elle a réussi a maintenir et à faire évoluer. Opération culturelle majeure des libraires de l'Afrique subsaharienne mise en place au sein de plusieurs pays africains et coordonnée par des libraires de l’AILF, la Caravane du livre et de la lecture a pour objectif de promouvoir les littératures francophones, de sensibiliser le grand public par des animations hors les murs et de bonifier le prix du livre grâce à un dispositif original qui permet de toucher le plus grand nombre de lecteurs. Preuve d’esprit d’initiative et de dynamisme, Prudentienne avait initié en 2019 des concours d’illustration et de poésie dans le cadre de cette opération au sein des établissements scolaires.
Aujourd’hui, elle a fait de la contrefaçon du livre  son cheval de bataille : en effet si d’aucuns voient dans les effets induits du piratage un moyen de favoriser le partage des connaissances, c’est une atteinte majeure à la propriété intellectuelle qui nuit à l’exercice professionnel du métier de libraire.


Présidente de la jeune association des libraires professionnels du Bénin créée en 2019, Prudentienne Houngnibo entend doter les libraires professionnels du Bénin d’une instance qui permette de donner davantage de poids à leur combat et consolide leur rôle de distributeurs d’une offre éditoriale diversifiée.


Gageons que ce prix donnera encore plus de visibilité à la librairie Notre-Dame et galvanisera les efforts de Prudentienne Houngnibo, de son équipe et de tous les  acteurs du livre engagés au Bénin !

 Visionnez la captation de la remise des prix à Paris le 22 septembre et l'adresse au jury de Prudentienne Houngnibo (15'32 - 16'42) sur la page facebook de Livres Hebdo : https://www.facebook.com/LivresHebdo.fr/videos/1751945684961242/

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En préparation des Etats Généraux du livre en langue française dans le monde, l’Organisation Internationale de la Francophonie souhaite développer une plateforme numérique visant à cartographier les acteurs du livre en langue française. Cette plateforme aura pour objectif de référencer les professionnels du livre des pays de la Francophonie, permettant de renforcer leurs collaborations et le partage d’informations. Afin d’amorcer la mise en œuvre de ce projet, l’OIF a fait appel au cabinet BearingPoint pour constituer la base de données initiale de cette cartographie.
Dès à présent, tous les acteurs du livre en langue française sont invités à partager les informations qui seront utilisées pour réaliser le premier prototype de la cartographie. Vous trouverez en pièce jointe un formulaire à compléter au titre de votre organisation ou de vos membres si vous êtes une association professionnelle (fichier Excel). Une fois renseigné, ce formulaire est à retourner par mail à l’adresse : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..
 
Si vous ou les acteurs sollicités le souhaitez, il est également possible d’adresser ces mêmes informations sous un autre format (dans un fichier PDF, Word ou directement par mail).
Pour les acteurs qui représentent plusieurs structures distinctes, vous pouvez renseigner plusieurs formulaires ou nous adresser plusieurs documents qui recensent les informations pour chaque entité (par exemple, un éditeur qui organise un événement remplit un formulaire pour sa maison d’édition et un formulaire pour son événement). En partageant ces informations, vous acceptez de fait qu’elles soient publiées dans la cartographie du livre en langue française dans le monde.
N’hésitez pas à partager ces informations et le formulaire à tous les acteurs du livre de votre entourage et qui souhaiteraient prendre part à ce projet de cartographie du livre en langue française. Nous vous remercions sincèrement par avance pour votre participation, et restons à votre disposition si vous souhaitez davantage d’informations au sujet du projet de cartographie du livre en langue française dans le monde.
 
Formulaire à télécharger plus bas dans En savoir Plus
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